60 ans après' Voilà comment Astérix est né

L'appartement du 3, rue Rameau, 3e étage, échappe à la torpeur ambiante. En cet après-midi de fin d'été 1959, René Goscinny, 33 ans, et Albert Uderzo, quelques mois de moins, y phosphorent à plein. Mais qu'est-ce qui peut inspirer les deux comparses réunis dans cette HLM de la cité du Pont-de-Pierre, à Bobigny, donnant sur le cimetière de Pantin ? "Le lieu était propice à la création, affirmera Uderzo. Et moi, j'ai toujours travaillé à la maison. À Bobigny, mon atelier, c'était le salon. René, qui vivait alors à Paris avec sa mère, venait souvent m'y rejoindre." Pour l'occasion, Albert a demandé à son épouse Ada et à leur fille, Sylvie, de ne pas faire de bruit. Il faut dire que la mission dont Goscinny et lui sont investis ne souffre pas de relâchement. "Nous avions rencontré François Clauteaux, qui voulait créer un journal pour les petits Français, racontera Uderzo. À l'époque, mis à part les titres belges Tintin et Spirou, les journaux étaient remplis de BD américaines. Il souhaitait que les enfants puissent lire des histoires où la culture française serait prédominante." Assistés du publicitaire Jean Hébrard et du scénariste Jean-Michel Charlier, Albert, dessinateur chargé des planches de Tanguy et Laverdure, et René, auteur si fin du Petit Nicolas, mettent un an pour élaborer cette nouvelle revue qu'ils baptisent Pilote, et qui doit sortir à l'automne. En symbiose, les deux artistes le sont depuis leur mise en contact dans les bureaux du studio belge de la World Press, en 1951. Fils d'immigrés italiens, Uderzo trouve immédiatement en Goscinny, dont la famille juive polonaise a été en partie décimée par la Shoah, un frère d'élection. De retour d'une période d'apprentissage aux Etats-Unis, René partage avec Albert le goût américain de l'alliage entre ultra-réalisme et caricature, ainsi que celui d'un texte humoristique à plusieurs niveaux de lecture. Ensemble, ils créent un premier personnage (...)

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