Mélissa, 22 ans, a été harcelée par son compagnon... jusqu'au suicide

Dans la soirée du 12 février 2016, Mélissa s'apprête à commettre l'irréparable. Depuis le deuxième étage de l'appartement de son compagnon, situé dans un immeuble de Chambéry, en Savoie, la jeune femme de 23 ans vit ses derniers instants. Elle est à bout. Asphyxiée, brisée par la relation toxique qu'elle entretient depuis cinq mois avec Johan. Soudain, sans un mot, sous les yeux de ce dernier, elle se précipite dans le vide. La malheureuse succombera le 3 avril, après cinquante jours de coma...

Un geste fatal, empreint de désespoir, qui résulte d'un harcèlement commencé dès les premières semaines de leur relation. Une période interminable durant laquelle elle subit des propos d'abord dénigrants et culpabilisants, puis violents et même insultants à longueur de temps, de la part de cet homme de 30 ans. Une entreprise de démolition qui finit par avoir raison de son envie de vivre. C'est en tout cas la thèse soutenue par Corinne, sa mère, qui estime que sa fille était constamment rabaissée.

"Tu n'es qu'une salope, une grosse pute", lui disait-il

"Il y a des mots qui agissent comme des coups de couteau. Le seul moyen que Mélissa a trouvé pour s'échapper de cet enfer, c'est de sauter", affirme-t-elle. Un sentiment partagé par le juge d'instruction en charge de l'affaire qui, en octobre 2018, condamnait les agissements de cet homme envers la jeune femme. Des actes et des paroles odieux qui, selon lui, ont eu "pour conséquence une dégradation progressive de ses conditions de vie, et l'ont finalement poussée à mettre fin à ses jours".

Dans son ordonnance, le juge évoque même une véritable "emprise" dont était victime cette employée de crèche dans la station de ski savoyarde de La Tania. Des accusations de violences psychologiques très graves, qui valent alors à Johan d'être envoyé devant le tribunal correctionnel pour "harcèlement moral sur conjoint avec incapacité supérieure à huit jours".

Père de deux petites filles, il a manipulé Mélissa jusqu'à la faire craquer

C'est la nuit précédant le drame que ce père de deux petites filles a manipulé Mélissa jusqu'à la faire craquer. D'abord en la couvrant d'insultes, pour la punir d'être allée faire la fête avec des amies, puis d'avoir dormi chez un copain : "Tu n'es qu'une salope, une grosse pute. Je préfère crever que continuer à t'aimer. J'irai voir tes parents et je leur dirai toute la vérité." Dans la foulée, il pousse le vice jusqu'à lui faire croire qu'il aurait tenté de se suicider à cause d'elle, en lui envoyant les photos d'un doigt coupé et d'un poignet entaillé... trouvées sur le web !

"Tu expliqueras à mes filles ce qui s'est passé", ajoutait-il enfin, afin de parfaire cet odieux chantage. Pour le magistrat, c'est le fait de l'avoir ensuite rejetée et d'avoir "refusé de parler avec elle alors qu'elle était venue jusqu'à son domicile pour pouvoir discuter" qui ont conduit Mélissa à commettre l'irréparable. Au cours de son procès, l'homme décrit comme "jaloux" et "possessif" par les proches de la disparue n'a rien nié des faits qui l'accablent.

En juin dernier, malgré ses aveux, l'accusé a été relaxé par le tribunal

"Mes propos à l'encontre de Mélissa avant son suicide étaient inqualifiables, impardonnables. Oui, je l'ai harcelée les dernières vingt-quatre heures. Je voudrais dire pardon à Mélissa, à sa famille", a-t-il reconnu dans la salle du tribunal correctionnel de Chambéry. Sauf qu'en l'absence de violences physiques, la justice ne dispose ni de traces, ni de certificats médicaux. En juin dernier, celui qui exerce la profession d'agent hospitalier a finalement été relaxé par le tribunal.

A l'énoncé du jugement, après quatre années d'un intense combat, Corinne, la maman de Mélissa, s'est effondrée : "Je suis en colère, atterrée. Je ne comprends pas. Le dossier est pourtant complet. Il y a eu des aveux. Et à l'arrivée, il n'y a rien. Que faut-il de plus ? Je ne sais pas. On a l'impression que l'on ne pourra jamais prouver que le harcèlement amène au suicide. Et ça, je ne l'accepte pas." Le parquet a fait appel de la décision du tribunal. Le 22 juillet, une nouvelle loi a reconnu le suicide forcé comme circonstance aggravante du harcèlement moral, avec des peines pouvant aller jusqu'à dix ans de prison. Une seconde chance de rendre justice à Mélissa se profile à l'horizon.

Inscrivez-vous à la Newsletter de Closermag.fr pour recevoir gratuitement les dernières actualités

Nous vous recommandons