TEMOIGNAGE. "Les gants et les masques jetables polluent déj les plages et la mer Méditerranée"

TEMOIGNAGE. "Les gants et les masques jetables polluent déj les plages et la mer Méditerranée"

Closermag Le 2020-08-08  Source

En sortant du confinement, le premier réflexe d'Anne Settimelli, fondatrice et directrice de l'association Explore & Préserve, a été de faire un tour sur les plages bordant la ville d'Hyères, dans le Var, où elle réside. Une triste balade pour cette amoureuse du littoral et de la faune marine. "Je suis d'un tempérament positif mais, l, en voyant le désastre sur les plages, je n'avais franchement pas le moral. On ne se doutait pas qu'on allait retrouver aussi vite dans l'eau les gants et les masques jetables."

Sur le sable ou au fond de la mer, le constat est édifiant comme l'ont montré ces images récemment filmées dans la baie de Cannes par un plongeur montrant des dizaines de gants et de masques au fond de la Méditerranée. "L'épidémie de coronavirus a ajouté de la pollution celle qui existe déj. On trouve toujours autant de bouteilles, de mégots, de coton-tiges, de pneus, auxquels s'ajoute toute la production plastique générée par la crise sanitaire : masques et gants jetables en tête", regrette Anne.

"Au lieu de m'indigner dans mon coin, j'ai décidé d'agir au niveau local"

Hyères compte 57 000 habitants, mais la commune comporte 40 km de littoral avec la presqu'île de Giens et les îles de Porquerolles, du Levant et de Port-Cros. "Notre littoral est aussi magnifique que fragile. Au large, on peut voir des dauphins et des rorquals, s'émerveille-t-elle. Un jour, j'ai trouvé une tortue et un dauphin morts sur la plage, étouffés par des résidus de plastique. Au lieu de m'indigner dans mon coin, j'ai décidé d'agir au niveau local." En octobre 2019, Anne et ses amies lancent l'association Explore & Preserve. A l'image de ses 170 bénévoles, dont 70 % de femmes, la toute jeune association se montre ultra-dynamique. "Nos actions concrètes et de proximité ont beaucoup d'impact sur la population locale." En quelques mois, Explore & Préserve réalise une trentaine de collectes de déchets et lance des opérations de sensibilisation en milieu scolaire.

Alors que les bases nautiques rouvrent courant juin, l'association a finalisé sa collaboration avec le parc national de Port-Cros pour réaliser une série de panneaux de bois afin de sensibiliser les usagers la pollution marine. "Tout ce qui est jeté directement terre, se retrouve dans nos cours d'eau et finit en mer, martèle Anne. L'aspect des masques chirurgicaux jetables est trompeur ajoute la bénévole. Les masques ressemblent du papier, et certains pensent qu'ils sont biodégradables, mais c'est faux. Ils sont conçus base de fibres en plastique." Confectionnés partir de polypropylène, une matière thermoplastique très dense, les masques ne sont ni biodégradables ni recyclables. "Ils mettent environ 500 ans se dégrader, fulmine Anne Settimelli. Ce plastique est très friable, il se fragmente en tout petits morceaux qui sont ensuite ingérés par la faune et étouffent également les fonds marins." Les masques peuvent aussi boucher les canalisations d'eaux usées et perturber les systèmes d'assainissement, alerte le Centre d'information sur l'eau.

"Quatre heures d'utilisation, 450 ans pour se détériorer dans la nature"

Contrairement aux hôpitaux, où les masques sont considérés comme un déchet risque et partent en incinérateur, il n'existe aucune modalité de ramassage pour les masques grand public. Afin de préserver l'environnement et de protéger les éboueurs, le ministère de la Transition écologique et solidaire rappelle que le masque usagé doit être jeté dans un sac-poubelle dédié, fermé et conservé 24 heures avant d'être jeté dans le bac ordures ménagères.

Une proposition de loi visant sanctionner d'une amende de 300 â ¬, au lieu de 68 â ¬ actuellement, le dépôt sauvage de gants ou de masques sur la voie publique a été déposée par un député des Alpes-Maritimes, Eric Pauget (LR) : "Quatre heures d'utilisation, 450 ans pour se détériorer dans la nature", rappelle le député. La responsable d'Explore & Préserve prône la sensibilisation et le civisme, dans l'intérêt de l'environnement et de la population. "Jeter son masque par terre, c'est potentiellement participer la diffusion du virus. Personne n'a envie de se baigner dans une eau contaminée", conclut-elle.

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