Yann Arthus-Bertrand : '' L'Amazonie ? C'est trop facile de tenir Bolsonaro pour responsable ''

Comment une forêt tropicale, donc humide, comme l'Amazonie peut-elle brûler ?

Yann Arthus-Bertrand: Ce qui brûle, c'est ce qui est autour. Ce sont les feux de végétation, des incendies volontaires comme il en existe en Afrique ou Madagascar, des fins d'exploitation agricole. On déforeste chaque année pas loin de 30 000 km2, la taille de la Belgique ! Et pour faire quoi ? La culture du soja, la protéine dont sont nourris nos animaux.

Donc les pays riches sont responsables de la situation en Amazonie ?

Depuis que je suis né, la population mondiale a été multipliée par quatre et la consommation de viande par huit ! C'est notre mode de consommation qui favorise une telle catastrophe puisque le soja vient majoritairement d'Amérique du Sud. (L'Union européenne importe annuellement 33 millions de tonnes de soja du Brésil, ndlr) Et croyez-moi, le pauvre paysan brésilien qui doit produire pour nourrir sa famille, il n'en a rien faire des conséquences sur le climat !

Justement, on dit que le petit paysan a l'aval du président brésilien Jair Bolsonaro, qui ferme les yeux sur cette déforestation sauvage...

C'est trop facile de tenir Bolsonaro pour responsable alors qu'en Europe et en France, on poursuit nos habitudes d'élevage intensif. Cela étant, lorsqu'il prétend que ce sont les ONG qui incendient l'Amazonie pour alerter sur la déforestation, il dit vraiment n'importe quoi !

On parle de replanter les arbres dans la forêt amazonienne. Trouvez-vous cela réalisable ?

Non, car l'Amazonie est une forêt primaire, c'est--dire des arbres qui ont des centaines voire des milliers d'années. Les nouvelles forêts absorbent beaucoup moins de CO2 que les forêts détruites.

Et le président Macron qui s'engage soudain au G7 en faveur de l'Amazonie ?

Que voulez-vous... on a les hommes politiques qu'on mérite, parce qu'ils nous ressemblent. Comme beaucoup, il vient de découvrir la relation entre ce qu'on met dans nos assiettes et les ravages de l'autre (...)

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