PRESIDENTIELLE IVOIRIENNE - DESOBEISSANCE CIVILE : L'opposition entre en campagne contre l'élection

PRESIDENTIELLE IVOIRIENNE - DESOBEISSANCE CIVILE : L'opposition entre en campagne contre l'élection

Enqueteplus Il y'a 2 jours  Source

Après une première phase plutôt timide, la désobéissance civile prend une nouvelle tournure. Les opposants ont appelé, hier, leurs militants au boycott de tout le processus électoral, jusqu' la satisfaction de leurs revendications.

En cette période de campagne électorale, l'opposition ivoirienne a décidé d'appuyer sur l'accélérateur. Elle a entamé, depuis jeudi, la deuxième phase de son mot d'ordre de désobéissance civile. Hier, au siège du plus vieux parti ivoirien (Parti démocratique de Côte d'Ivoire, PDCI/RDA), ses composantes ont décliné une feuille de route caractérisée cette fois par des actions concrètes.

"Nous entrons dans l'acte 2 de la désobéissance civile. Une phase active, parce que nous sommes contraints par l'aveuglement du régime. Ensemble, nous lançons un appel nos militants, nos sympathisants et au peuple ivoirien pour qu'ils fassent barrage, par tous les moyens légaux, au coup d'Etat électoral que s'apprête commettre un président accroché au pouvoir. Nous leur demandons d'empêcher le convoyage et la distribution du package électoral, d'empêcher la tenue de meetings, d'empêcher la distribution et le retrait des cartes d'électeur, d'empêcher l'affichage électoral et de manifester par tous les moyens leur opposition au processus électoral en cours'', détaille le président de la deuxième branche du Front populaire ivoirien (FPI, parti scindé en deux, auparavant dirigé par Laurent Gbagbo).

Pascal Affi Nguessan dénonce, au nom de toute l'opposition, "un braquage électoral''. Entretemps, la mesure de suspension des marches et autres manifestations a été prorogée jusqu'au 1er novembre. Une décision que les opposants comptent braver et qu'ils qualifient de "pitoyable'' dans une période où la libre expression des opinions devrait occuper une place de choix.

Reprises des manifestations

Si le calme était revenu, après les manifestations meurtrières du mois d'août, depuis jeudi, elles ont repris de plus belle, surtout l'intérieur du pays. Toutefois, les adversaires d'Alassane Ouattara sont convaincus d'exercer un droit citoyen.

"Notre action est légalement fondée et légitime, et nous allons arriver, toujours dans le cadre des lois de la République, ce que tout citoyen ait le droit d'empêcher la commission d'une infraction. Il a même l'obligation de s'opposer tout ce qui est attentatoire la loi. Or, ce qui est en cours viole les lois de la République et nos accords internationaux. Nous avons le droit, au nom de la Côte d'Ivoire, de nous opposer cela pour défendre les institutions illégitimement et illégalement fondées'', précise P. Nguessan.

Le leader du FPI affirme, en outre, que l'opposition pourrait bien faire recours la violence, si elle est attaquée. "Nous n'avons pas dans notre programme la violence, ni des attaques contre les symboles de l'Etat. Nous avons décidé de nous battre pacifiquement. Mais si nous sommes attaqués, nous nous défendrons, parce que nous serons en situation de légitime défense''.

Une déclaration qui laisse présager des lendemains tendus en Côte d'Ivoire, surtout que le 10 octobre, ses partisans ont été attaqués par des individus armés, alors qu'ils se rendaient au stade Félix Houphouët-Boigny pour un meeting clôturant la première phase de la désobéissance civile.

A moins de deux semaines de la Présidentielle, l'opposition ivoirienne se radicalise.

"L'heure est aux actions'', déclare, pour sa part le président de la plateforme Ensemble pour démocratie et la souveraineté (EDS, ayant pour candidat Laurent Gbagbo). Georges Armad Ouégnin demande aux Ivoiriens de "s'abstenir de participer aux opérations de la Commission électorale indépendante qui est illégale et illégitime''. "Nous avons le devoir de nous opposer par tous les moyens démocratiques et légaux ce coup d'Etat électoral, ce coup d'Etat constitutionnel perpétré par le chef de l'Etat sortant qui refuse de sortir et qui veut nous conduire une nième crise post-électorale. Agissons maintenant pour imposer, par la désobéissance civile, la démocratie ce régime. Ensemble, agissons maintenant pour faire barrage cette forfaiture, pour exiger la concertation et des élections libres, justes, consensuelles, inclusives et apaisées'', insiste-t-il.

Une CEI loin d'être indépendante

La Commission électorale indépendante (CEI) ne compte plus, depuis plusieurs semaines, de commissaires centraux représentant les différents partis de l'opposition ivoirienne. Pourtant, mardi dernier, son président, Ibrahim Kuibert Coulibaly, a soutenu que cela n'affecte en rien la crédibilité de l'institution.
Or, il se trouve que les textes qui la régissent exigent cet équilibre. Une autre entrave qui sous-tend la désobéissance civile.

Pour le président du FPI, "c'est une façon tout fait explicite d'indiquer qu'il (président de la CEI) est au service du régime. La CEI est une institution et pour des élections transparentes, il faut qu'elle soit équidistante de tous les partis, neutre et impartiale. Si l'opposition est absente aussi bien au niveau local que national et que son président ne voit pas que cela brise la crédibilité de la CEI, cela veut dire qu'elle est uniquement au service de l'adversaire''.

Ainsi, tout porte croire que même la décision de la Cour africaine des Droits de l'homme et des peuples n'a rien pu changer. L'organisation avait exigé une configuration équilibrée par la présence des représentants de l'opposition au sein de la commission, en plus du parti au pouvoir. Ce schéma devrait être reproduit tant au niveau central que local.

"Aujourd'hui, la CEI, c'est le RHDP (NDLR: Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix). Pour une question de confiance et pour donner de la crédibilité au processus électoral, la commission doit être équilibrée avec des représentants de tous les partis. A partir du moment où ce n'est pas le cas, la CEI elle-même est illégale. On ne peut pas mener un processus électoral avec elle. Nous sommes les plus nombreux et nous devons le démontrer. C'est pourquoi, depuis hier, le mot d'ordre a été lancé. Le processus électoral ne doit pas arriver son terme et nous allons aussi entrer en campagne contre l'élection'', renchérit le secrétaire général du PDCI, Maurice Guikahoué.

Si elle appelle ses partisans au boycott, l'opposition ivoirienne entend maintenir toutes ses candidatures. En effet, ses membres estiment que la lutte enclenchée et leurs candidatures sont deux choses différentes. Pascal Affi Nguessan précise: "Nous sommes candidats, parce que c'est notre droit. Nous avons un projet pour notre pays et nous avons le droit de participer une élection présidentielle pour solliciter de nos compatriotes leurs suffrages, afin de mettre en application le programme que nous avons. Maintenant, il se trouve que l'adversaire, profitant du fait qu'il a pour le moment l'appareil d'Etat sa disposition, veut l'utiliser abusivement pour fausser le jeu électoral et perpétrer un coup d'Etat. Nous devons nous battre pour faire échec ce coup d'Etat électoral. Donc, cette bataille n'a rien voir avec notre candidature. Au contraire, nous voulons faire échec ce coup d'Etat, pour faire prospérer notre candidature et nous donner toutes les chances''.

Ses compagnons de lutte et lui indiquent être dans une logique dynamique qui consiste retirer les obstacles menant au palais présidentiel. Retirer sa candidature, parce qu'on n'est pas d'accord avec la personne en face, selon Pascal Affi Nguessan, ce serait démissionner par rapport ses ambitions ou même y renoncer.

Le conseil de Macky Sall, Mouhammadou Buhari et Umaro Sissoco Embalo

Du côté de la Communauté économique des Etats de l'Afrique l'Ouest (CEDEAO), on s'inquiète du cas ivoirien. Les présidents Macky Sall, Mouhammadou Buhari et Umaro Sissoco Embalo se sont réunis hier Abuja. Selon nos sources, ils ont conseillé Ado de se retirer, afin d'éviter le pire. Une médiation de la CEDEAO est attendue Abidjan, dans les prochains jours.

Mais pour l'heure, les opposants comptent concrétiser la désobéissance civile jusqu' ce qu'ils soient saisis par la CEDEAO pour l'ouverture de négociations. "Nous ne reculerons pas'', tranche-t-elle, non sans poser ses conditions en cas de transition.

"Si M. Ouattara, par sagesse, par intelligence politique, anticipe pour ouvrir cette période de transition et convoquer toutes les composantes de la nation pour un grand dialogue national, il n'y a pas de raison que nous refusions. Nous allons discuter avec lui des termes de la transition. Mais s'il ne prend pas les devants et que la transition lui est imposée, cela veut dire qu'elle se fera sans lui'', indique le président du FPI.

Entretemps, le président Alassane Ouattara a débuté sa campagne au centre de la Côte d'Ivoire, dans la ville de Bouaké; et prévoit de faire extrader son ancien allié Soro Guillaume, actuellement en exil en France. Une punition qui ne dit pas son nom, en réponse ses récentes sorties contre Ado. Il risquerait d'être arrêté, dès son atterrissage, car la justice ivoirienne l'accuse de détournement de deniers publics.

PASCAL AFFI NGUESSAN

"Nous allons obtenir gain de cause''

"Vous vous rendrez compte sur le terrain que cette phase active de la désobéissance a déj commencé. Plusieurs localités qui n'étaient pas en ébullition, le sont actuellement, de même que plusieurs de nos structures de parti, et cela va s'amplifier dans les jours venir. Donc, il ne faut pas se faire d'illusions, ni douter de notre capacité empêcher ce coup d'Etat électoral. Nous sommes bien engagés et ce ne sont pas des partis isolés qui luttent, mais une union de partis. Ce pouvoir est minoritaire et est réduit moins que le RDR (Rassemblement des républicains) de 2010.

L'opposition est déterminée faire en sorte que la volonté populaire s'affirme, que la souveraineté du peuple s'exprime. C'est le peuple qui légitime un pouvoir et si le peuple vous retire sa confiance, je ne vois pas comment vous pourrez tenir, même en faisant un usage abusif de la force. Il ne leur reste que cela: arrêter et enfermer. Mais ils oublient que tous les régimes qui ont agi de la sorte sont tombés, malgré la protection. La mobilisation actuelle va s'amplifier et nous sommes persuadés que nous allons obtenir gain de cause.''

EMMANUELLA MARAME FAYE (Envoyée spéciale Abidjan)

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