RAPPEL A DIEU DE MOR FADAM : Un sportif exemplaire s'en est allé

La lutte sénégalaise est endeuillée, avec le décès de Mor Wade dit "Mor Fadam'', hier, la suite d'une crise cardiaque. Cet ancien champion des années 1980 1990 est décrit comme un homme humble, fair-play et pieux, selon les nombreux témoignages faits son endroit.

La famille de la lutte est profondément attristée par le décès de Mor Wade, plus connu sous le nom de Mor Fadam. L'ancienne gloire de la lutte sénégalaise a été emportée par la mort, hier, en début d'après-midi. Il aurait été "terrassé par une crise cardiaque, juste après avoir fait ses ablutions pour la prière de Tisbar (14 h)'', informe la Rfm.

Mor Fadam a débuté sa carrière de lutteur dans la région de Louga, en 1974. C'est d'ailleurs de l qu'il tient son surnom. "Très jeune, je participais au "mbappat' dans les villages environnants jusqu' me faire un nom'', confiait-il dans un entretien accordé "Sunu Lamb'', en 2011. Après avoir imposé sa loi dans son terroir, l'ancien champion d'Afrique de lutte a dû quitter son Ndiambour natal la conquête des arènes dakaroises. "En 1976, un notable d'alors, nommé Pape Makhtar Guèye, me fit venir Dakar, car ayant très tôt détecté en moi des aptitudes techniques en lutte''. Une fois dans la capitale, Mor a livré son premier combat contre Sa Louga.

Mor Fadam était un lutteur multidimensionnel. Il maitrisait la lutte traditionnelle, gréco-romaine et même le judo. "J'ai gagné beaucoup de trophées et de médailles en judo. La coupe de l'Assemblée nationale, la coupe de l'Ambassadeur du Japon et tant d'autres compétitions que je ne peux pas compter''. Au fil de sa carrière de lutteur, Mor Wade a pu faire son trou dans l'arène nationale. Il faisait partie des cadors de la discipline dans les années 1990, avec de grands noms de la lutte sénégalaise comme feu Toubabou Dior, Manga II, entre autres. D'ailleurs, ce dernier retient de lui "grand champion''.

Parmi ses nombreuses consécrations, Fadam a retenu le Drapeau du chef de l'Etat remporté en 1991, mais surtout le titre de champion d'Afrique décroché en 1992. "J'ai été champion d'Afrique et médaillé d'or pour le Sénégal. J'étais vraiment heureux d'avoir ramené une médaille pour mon pays'', a-t-il témoigné dans son entretien avec "Sunu Lamb''.

Tout ceci fait dire au chroniqueur en lutte, Bécaye Mbaye, que Mor Wade était "un grand sportif, un lutteur accompli''. "En finale du tournoi de lutte gréco-romaine, Mor Fadam avait donné une belle victoire au Sénégal, en battant l'un des lutteurs nigériens les plus teigneux l'époque, au stade Iba Mar Diop, alors qu'il était dans une position défavorable'', s'est remémoré le président de l'Association des amateurs de lutte, Doudou Diagne Diécko.

Sa carrière sportive n'a pas été toute rose. Le champion du Ndiambour a aussi connu des mésaventures. Celle qui l'a le plus marqué semble être sa double défaite contre Tyson. "C'était un combat qui a suscité beaucoup de commentaires. Il y a eu deux actions principales, lors de ce combat. Au cours de la première, j'ai bien battu Tyson, mais les arbitres ont laissé continuer et lors de la seconde action, Tyson a été déclaré vainqueur''. Selon lui, le chef de file de l'écurie Boul Falé a été favorisé, car faisant partie de la "génération montante''. "Dans un combat entre un ancien et un jeune lutteur, les tendances sont favorables au jeune'', était-il convaincu.

Malgré la décision litigieuse des arbitres, Mor Fadam a accepté le verdict. Ce côté fair-play lui est reconnu par les observateurs de la lutte. C'est le cas du journaliste reporter sportif au journal "Le Quotidien'' Amadou Mbodj. "La nouvelle génération de lutteurs devrait prendre exemple sur lui, son calme, son fair-play. Je me rappelle, une fois, il m'a accordé une interview chez lui. Quand je suis arrivé, j'ai découvert un monsieur simple et affable''.

Un homme pieux et fair-play

Mor Wade s'en est allé, mais le monde de la lutte ne l'oubliera jamais. Après l'annonce de son décès, les hommages ont été unanimes sur la nature de l'homme. "C'est un homme exceptionnel, un lutteur gentil, très doux. On pouvait même ne pas le qualifiait comme un lutteur, tellement il était non-agressif'', a témoigné Hyacinthe Ndiaye dit "Manga II'', qui était un de ses plus farouches adversaires.

Pour sa part, Gaston Mbengue, qui a eu monter la plupart de ses combats, parle d'un homme "exceptionnel, très respectueux''. "Il était un grand lutteur, que nous respections beaucoup. C'est lui qui a mis sur pied l'écurie Ndiambour avec Maguette Diouf, frère de l'ancien président Abdou Diouf. C'est après qu'il est venu Dakar pour poursuivre sa carrière de lutteur'', a déclaré le Don King de la lutte sénégalaise.

Mor Fadam était un grand croyant, un fervent musulman. D'ailleurs, comme l'attestent tous ceux qui l'ont côtoyé, "il avait toujours son chapelet sous la main''. "C'était un homme d'une grande piété. C'est par Mor Fadam qu'on apprenait l'heure de la prière, parce qu'il cessait tout dans l'arène pour accomplir leurs dévotions'', a attesté Bécaye Mbaye. C'est dans la même veine qu'abonde Amadou Mbodj. "C'est un homme pieux, très attaché sa religion. Il était toujours serein et avait toujours son chapelet la main''.

A la fin de sa carrière, Fadam avait consacré sa vie la formation et l'encadrement des jeunes lutteurs. "C'est un devoir de partager avec les jeunes de la génération actuelle mes connaissances et mon savoir'', disait-il. Il avait d'ailleurs créé son école de lutte Mor Fadam de Guédiawaye où il avait sous son aile Gouy-Gui.

LOUIS GEORGES DIATTA

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